Cage d'escalier d'immeuble en copropriété avec une auréole d'humidité au plafond du palier
Sinistres

Sinistre en copropriété : qui indemnise quoi ?

En copropriété, un même dégât mêle parties communes et privatives, assurance de l'immeuble et assurance individuelle. Savoir qui déclare, qui pilote l'expertise et qui indemnise évite de rester avec des travaux à sa charge.

Mis à jour le 26/10/2026 · Lecture 9 min
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En bref
  • Le règlement de copropriété fixe ce qui est commun ou privatif, et donc quel contrat paie.
  • Le syndic déclare les dommages aux parties communes ; vous déclarez les vôtres à votre assureur, sans attendre.
  • Dégât des eaux ou incendie jusqu'à 5 000 € HT : la convention IRSI désigne un seul assureur gestionnaire.
  • Au-delà, chaque assureur applique son contrat : c'est là que les écarts de chiffrage sont les plus fréquents.

Un sinistre en copropriété fait intervenir plusieurs assureurs : celui de l'immeuble, souscrit par le syndic au nom du syndicat des copropriétaires, et ceux des copropriétaires ou locataires. Pour savoir qui indemnise quoi, il faut d'abord distinguer parties communes et parties privatives, puis identifier le contrat et, le cas échéant, la convention entre assureurs qui organise le règlement.

Communes ou privatives : la frontière

La loi du 10 juillet 1965 pose le principe : sont privatives les parties réservées à l'usage exclusif d'un copropriétaire déterminé (article 2), et communes celles affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux (article 3). Le règlement de copropriété précise ensuite, élément par élément, ce qui relève de chaque catégorie. C'est donc lui qu'il faut ouvrir en premier.

Élément touchéNature habituelleContrat mobilisé
Toiture, façade, gros œuvreCommuneAssurance de l'immeuble (syndicat)
Colonne montante d'eau ou d'évacuationCommuneAssurance de l'immeuble
Branchement privatif après la vanne d'arrêt du lotPrivative (selon règlement)Assurance du copropriétaire du lot
Peintures, papiers peints, parquet, faux plafondPrivatifs (embellissements)Assurance habitation de l'occupant ou du propriétaire
Mobilier, électroménager, effets personnelsPrivatifsAssurance habitation de l'occupant
Fenêtres, balcons, voletsVariable selon le règlementÀ vérifier clause par clause
Dommages causés au voisin—Responsabilité civile de celui d'où vient le sinistre

Les cas « mixtes » sont les plus disputés : canalisation encastrée dans un mur privatif mais desservant plusieurs lots, fenêtres classées communes par certains règlements, balcons dont la dalle est commune mais le revêtement privatif. En cas de doute, demandez au syndic l'extrait du règlement qui fonde sa position, par écrit.

Les assurances qui entrent en jeu

Un même dégât peut faire intervenir jusqu'à quatre contrats différents. Chacun a son rôle :

  • Responsabilité civile du syndicat : obligatoire (article 9-1 de la loi de 1965). Elle couvre les dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers par les parties communes. Le syndicat est en effet responsable des dommages ayant leur origine dans les parties communes (article 14).
  • Multirisque immeuble : souscrite par le syndicat, elle indemnise les dommages matériels des parties communes (dégât des eaux, incendie, vandalisme…) même sans tiers responsable. Elle n'est pas imposée par la loi, mais elle le devient si le règlement de copropriété l'exige.
  • Responsabilité civile du copropriétaire : obligatoire pour chaque copropriétaire, occupant ou non. Elle joue quand le sinistre part de son lot.
  • Assurance habitation de l'occupant (et PNO pour le bailleur) : elle indemnise vos propres biens et embellissements, quelle que soit l'origine du sinistre, selon les garanties du contrat.
À retenir

Le contrat de l'immeuble ne couvre pas les sinistres d'origine privative, même s'ils abîment les parties communes ou d'autres lots : c'est alors la responsabilité civile du copropriétaire concerné qui est en première ligne.

Qui déclare, et dans quel délai

La règle tient en une phrase : chacun déclare à son propre assureur, et le syndic déclare pour les parties communes. Concrètement :

  1. Limitez les dégâts : coupez l'eau de votre lot, prévenez le voisin concerné et, si la fuite paraît venir d'une partie commune, le syndic (par écrit, même après un appel).
  2. Documentez : photos datées des plafonds, murs, sols et biens touchés, avant tout nettoyage. Conservez les biens abîmés jusqu'au passage de l'expert.
  3. Remplissez un constat amiable dégât des eaux avec le ou les voisins impliqués : il identifie les lots et l'origine supposée.
  4. Déclarez à votre assureur dans le délai du contrat. Le Code des assurances (article L113-2) interdit un délai inférieur à 5 jours ouvrés (2 jours ouvrés pour un vol).
  5. Demandez au syndic le numéro de sinistre ouvert auprès de l'assureur de l'immeuble, pour que les deux dossiers soient rapprochés.
Attention

Attendre que le syndic « gère » est l'erreur la plus courante. Sa déclaration ne couvre pas vos dommages privatifs : sans déclaration de votre part, vous vous exposez à un retard opposable par votre assureur. Voir notre article sur la déclaration de sinistre hors délai.

Plombier ouvrant la gaine technique d'une salle de bains pour localiser une fuite sur la colonne commune
La recherche de fuite détermine l'origine, commune ou privative, et donc l'assureur qui en supporte le coût.

La convention IRSI, tranche par tranche

Pour les dégâts des eaux et incendies dans les immeubles d'habitation, les assureurs appliquent la convention IRSI (Indemnisation et recours des sinistres immeuble). Elle désigne un assureur gestionnaire unique, qui reçoit les déclarations, évalue les dommages et, selon le montant, les indemnise. Pour les parties communes, c'est l'assureur de la copropriété. Les sinistres d'origine extérieure (intempéries, inondation, catastrophe naturelle) en sont exclus.

Montant des dommagesQui évalueQui indemnise
Moins de 1 600 € HTL'assureur gestionnaire, en général sans expertL'assureur gestionnaire, sans recours contre un autre assureur
De 1 600 à 5 000 € HTExpertise pour le compte de tous les assureursL'assureur gestionnaire, qui se retourne ensuite contre les autres
Plus de 5 000 € HTChaque assureur, parfois avec expertises contradictoiresChaque assureur selon son contrat (IRSI non applicable)
Recherche de fuite, origine commune—Assureur de la copropriété
Recherche de fuite, origine privativeLancée par l'un des assureursAssureur du lot d'où vient la fuite

La convention règle les rapports entre assureurs. Elle ne vous est pas opposable : elle accélère le paiement, mais si le montant retenu est insuffisant, elle ne vous retire aucun recours. La franchise reste due selon votre propre contrat. Les seuils sont rappelés par la fiche officielle Copropriété : quelle assurance pour les parties communes ou privatives ?

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Exemple : fuite sur la colonne commune

Mme D. occupe le 3e étage. La colonne d'évacuation commune fuit dans la gaine technique de l'appartement du dessus : son plafond de salle de bains et le couloir sont détrempés, le parquet du couloir a gonflé.

Exemple chiffré
  • Plafond et peintures du couloir et de la salle de bains : 2 300 € HT
  • Parquet du couloir (dépose et repose) : 1 450 € HT
  • Meuble de salle de bains et linge : 550 € HT
  • Total : 4 300 € HT, soit la tranche 1 600 à 5 000 € de l'IRSI.

Mme D. déclare à son assureur habitation ; le syndic déclare la fuite de la colonne à l'assureur de l'immeuble, qui prend en charge la recherche de fuite et la réparation de la canalisation. Une expertise est menée pour le compte commun, puis l'assureur gestionnaire indemnise Mme D. avant de se retourner contre l'assureur de la copropriété, puisque l'origine est commune.

Le point de friction classique : l'expert applique une vétusté importante au parquet et ne retient que le couloir, alors que la lame est continue avec le séjour. L'indemnité tombe à 2 900 €. C'est typiquement le cas où un chiffrage contradictoire, devis à l'appui, permet de récupérer l'écart. Notre guide sur la vétusté en assurance détaille comment la discuter.

Quand le syndic tarde ou refuse

Le syndic doit administrer l'immeuble et pourvoir à sa conservation et à son entretien ; en cas d'urgence, il peut faire exécuter de lui-même les travaux nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble (article 18 de la loi de 1965). S'il ne déclare pas le sinistre ou laisse la fuite commune en l'état, plusieurs leviers existent :

  • Mise en demeure écrite (lettre recommandée) de déclarer le sinistre à l'assureur de l'immeuble et de faire réparer la partie commune, avec photos et constat joints.
  • Information du conseil syndical, qui assiste et contrôle le syndic.
  • Inscription à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale si des travaux importants doivent être votés.
  • Recours contre le syndicat, responsable des dommages ayant leur origine dans les parties communes (article 14), si l'inaction aggrave vos dégâts.

Si une indemnité couvrant aussi des dommages privatifs est versée au syndicat, demandez par écrit le détail du règlement et le reversement de la part qui correspond à votre lot.

Contester la répartition ou le chiffrage

Les litiges portent rarement sur le principe de la garantie, plus souvent sur qui paie quoi et combien. Les erreurs qui coûtent le plus cher :

  • accepter qu'un élément soit classé privatif sans vérifier le règlement de copropriété ;
  • signer une lettre d'acceptation avant que la répartition entre les contrats soit écrite ;
  • laisser l'expertise ne retenir qu'une pièce quand le revêtement est continu ;
  • oublier les dommages apparus plus tard (moisissures, décollement de peinture, odeurs) ;
  • laisser passer le délai de prescription de deux ans (article L114-1 du Code des assurances).

Avant de signer le rapport, lisez notre article faut-il signer le rapport d'expertise ? Si le montant reste trop bas, faites-vous assister par un expert d'assuré qui chiffre contradictoirement : c'est le sens d'une contre-expertise habitation. En dernier recours amiable, la médiation de l'assurance est gratuite. Pour la mécanique propre aux fuites, voir aussi notre page dégât des eaux.

Questions fréquentes

Le syndic peut-il déclarer le sinistre à ma place ?
Non. Le syndic déclare à l'assureur de l'immeuble les dommages qui touchent les parties communes. Vos dommages privatifs (embellissements, mobilier, revêtements) se déclarent à votre propre assureur habitation, dans le délai de votre contrat (au moins 5 jours ouvrés).
Qui paie la recherche de fuite en copropriété ?
Si la fuite vient des parties communes, c'est l'assureur de la copropriété. Si elle vient d'un lot privatif, la recherche peut être lancée par l'un des assureurs concernés, mais son coût revient à l'assureur du lot d'où provient la fuite.
La convention IRSI s'impose-t-elle à moi ?
Non. C'est un accord entre assureurs qui organise la gestion et les recours entre eux. Elle accélère le règlement, mais ne vous prive d'aucun droit : si le chiffrage est trop bas, vous pouvez le contester et vous faire assister par un expert d'assuré.
Mon voisin du dessus n'est pas assuré : que faire ?
Déclarez à votre propre assureur, qui vous indemnise selon votre contrat puis exerce, le cas échéant, un recours contre le responsable. Prévenez aussi le syndic : la responsabilité civile est obligatoire pour chaque copropriétaire, occupant ou non, et le syndic peut agir contre un copropriétaire non assuré.
La franchise de l'assurance de l'immeuble est-elle à ma charge ?
Pour un sinistre sur les parties communes, la franchise du contrat de l'immeuble est une charge de la copropriété, répartie entre les copropriétaires selon le règlement. Pour vos dommages privatifs, c'est la franchise de votre propre contrat qui s'applique.
Combien de temps ai-je pour contester l'indemnisation ?
Les actions dérivant d'un contrat d'assurance se prescrivent par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance (article L114-1 du Code des assurances). N'attendez pas : un dossier contesté tôt, avec photos et devis, se défend beaucoup mieux.

Ce qu'il faut retenir

En copropriété, l'indemnisation dépend d'abord de la frontière commune/privative fixée par le règlement, puis du contrat compétent et, pour les dégâts des eaux et incendies jusqu'à 5 000 € HT, de la convention IRSI qui organise la gestion entre assureurs. Déclarez toujours à votre propre contrat sans attendre le syndic, documentez tout, et contestez une répartition ou un chiffrage qui laisse des travaux à votre charge.

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